La recherche sur les usages émergents de l’IA en éducation et formation. Vers quelles perspectives de recherche ?
La thématique de la saison 5 est centrée sur la mise en perspective d’expériences de travail avec, contre, sur ou malgré l’IA dans l’enseignement secondaire et supérieur en analysant à la fois les premiers résultats et les méthodologies déployées pour rendre compte et questionner les pratiques émergentes.
La saison comprend 5 séances à distance en visio de janvier à mai 2026. Elle sera clôturée par une journée d’études en présentiel à Paris en juin 2026.
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Séance 1 : jeudi 15 janvier 16h-18h
Georges-Louis BARON, université Paris-Cité, Thérèse LAFERRIERE, université Laval (Québec). Documenter, analyser, problématiser les utilisations de l’IAG. Intérêt et difficulté des recherches collaboratives.
Les utilisations de l’IAG dans l’éducation donnent lieu à nombre d’investigations et d’observations, venant de médias de masse, d’innovateurs et de chercheurs.
Les premiers ont le mérite de présenter une série de témoignages sur des situations vécues, qui sont souvent instructifs. Les reportages de durée courte à moyenne tendent à privilégier ce qui est saisissant, mais ceux de long format présentent parfois des analyses très élaborées. Conformément à leur mission, les ministères responsables de l’éducation mettent en place des « observatoires des usages » des IAG, visant à susciter, suivre et orienter les innovations pédagogiques, voire à valider des cas de « bonnes pratiques ». Ces innovations témoignent de la créativité de la profession mais leur pouvoir de convaincre d’autres praticiens est assez modeste parce que les exemples donnés peuvent sembler difficiles à mettre en œuvre dans des contextes ordinaires (contraintes de connectivité, de temps, d’alignement curriculaire, etc.).
Enfin, des communautés de chercheurs sont également actives. Vu la nature rapidement changeante des outils disponibles et l’évanescence des situations d’apprentissage, l’évaluation des premiers effets de l’utilisation ponctuelle de produits d’IAG est de très faible portée.
Pour notre part, nous sommes partis de l’intuition que les nouvelles instrumentations sont susceptibles d’être mises au service de la réussite éducative dès l’école primaire. Un enjeu central est de développer l’agentivité intellectuelle des élèves, car l’IAG doit être utilisée comme instrument et non pour se substituer à l’effort de compréhension. Cela appelle notre vigilance collective et il nous semble important de documenter comment des communautés de praticiens et de chercheurs inventent et ajustent, dans différents contextes, des activités d’apprentissage instrumentées utilisant l’IAG. Nous en présenterons quelques exemples.
Ce travail a un aspect essentiellement exploratoire et ses résultats sont également à faible portée. Mais il nous semble pouvoir contribuer à développer notre agentivité collective, alors que la cohabitation avec des robots s’intensifie.
Séance 2 : jeudi 19 février 16h-18h
Solène ZABLOT, université de Caen, Sandie HORNAC, doctorante. Usages des IAG par les enseignants du supérieur : entre méfiance et délégation de tâches chronophages.
Dans cette communication, nous rendons compte des résultats d’un travail de mémoire réalisé dans le cadre du Master INES de l’université de Caen Normandie. Il s’agissait de rendre compte des discours d’enseignants, exerçant principalement en IUT (titulaires ou non), au sujet de leurs usages des IA génératives dans le cadre à la fois de la préparation de leurs cours et de leurs pratiques de classe.
Nos résultats montrent des usages souvent limités à la conception des diaporamas de cours, ou bien comme moteur de recherche afin de trouver de nouvelles références de lecture. Ces usages s’expliquent notamment par une méfiance partagée par l’ensemble du panel vis-à-vis des potentialités des IAG, ainsi que l’omniprésence de paniques morales à l’égard de ce que peuvent en faire les étudiants, notamment vis-à-vis de la question de la triche.
Séance 3 : jeudi 19 mars 16h30-18h30
Laurent HEISER, université Côte d’Azur, Didier MOUREN, formateur à l’INSPE de Nice. Usages créatifs de l’IA dans la formation initiale et continuée des professeurs des écoles à l’INSPE de Nice.
Les travaux sur le développement professionnel des enseignants convergent pour le concevoir comme un processus continu, situé et collectif, et non comme une simple accumulation de savoirs. Dans le contexte de l’intelligence artificielle, la littérature souligne l’importance de formations pratiques, immédiatement transférables en classe, favorisant l’expérimentation, la réflexion sur les usages de l’IA par les élèves et la constitution de communautés professionnelles.
Ce cadre nous conduit à mettre en avant la question de la coopération dans la formation des enseignants à et avec l’IA. Les situations de formation proposées visent ainsi à se décentrer d’une approche strictement technologique du numérique pour mettre l’accent sur des enjeux plus larges de société : les choix, les prises de décision et la construction de sens.
Cette perspective justifie le recours à une approche énactive du développement professionnel dans notre dispositif de formation à l’INSPE de Nice. Le développement professionnel à et avec l’IA y est envisagé comme un processus de transformation expérientielle, articulant problématisation, étude de cas et, à terme, la mise en place de dispositifs de simulation. Ces derniers ont pour objectif de donner la priorité, au cours de la formation, à l’expérience vécue des enseignants et à la manière dont celle-ci peut nourrir, enrichir et structurer le collectif professionnel.
Séance 4 : jeudi 16 avril 16h-18h
Frédérique LONGUET, INSPE Paris, Sorbonne université, Thiphany PEUGNEZ et Emma BRUECK, étudiantes. De la méfiance à la conscience critique : la recherche-création comme médiation de l’IA générative en formation des enseignants.
Cette communication explore comment la recherche-création transmédiatique peut devenir un levier de médiation critique de l’intelligence artificielle générative (IAG) en formation initiale des enseignants d’allemand. Mené en 2024-2025 avec des étudiants de master MEEF, le dispositif propose l’adaptation transmédiatique de La panne de Friedrich Dürrenmatt sous la forme de récits augmentés mobilisation texte, image et son en collaboration avec l’IAG. L’analyse des productions et des retours réflexifs montre que la co-agentivité humain-machine constitue un terrain privilégié pour développer à la fois compétences linguistiques, acculturation culturelle et éducation aux médias et à l’information. L’évolution des postures observées – d’une méfiance initiale envers l’outil à une exploration créative et raisonnée de ses potentialités et limites – met en évidence l’intérêt d’intégrer l’IAG dans un cadre expérientiel et critique, au service de la formation de futurs enseignants capables de comprendre, questionner et didactiser ces technologies émergentes.
Séance 5 : jeudi 28 mai 16h-18h
Hubert BOËT, Sorbonne université. Une revue critique de littérature internationale sur l’IA en éducation.
Cette séance propose de rendre compte des premiers résultats recueillis dans le cadre du projet de recherche GTNum PRECI, qui étudie les processus d’appropriation de l’Intelligence artificielle (IA) au sein de dispositifs pédagogiques en éducation aux médias et à l’information (EMI). Ce groupe de recherche a analysé un corpus d’une cinquantaine de textes officiels proposant des cadres d’usage des Intelligences artificielles en éducation, émanant d’instances variées à l’international (UNESCO, Conseil de l’Europe, Commission européenne, OCDE), en France (Ministères, Assemblées parlementaires, think tanks, Académies, établissements) et à l’étranger (Québec, Royaume-Uni, Suisse, Chine, Japon, Corée du Sud). Sur ce vaste corpus a été menée une analyse croisée des types d’IA traités, des préconisations privilégiées, des conceptions de l’éducation aux médias et à l’information dominantes, et de la conception de l’esprit critique promue, en prenant en compte les contextes de production et les enjeux éthiques et politiques traités par chaque texte. Ainsi cette séance offre une restitution des tendances internationales dans la normalisation écrite des usages pédagogiques de l’IA, et un éclairage critique sur la manière dont ces normes sont susceptibles de façonner les représentations, les pratiques et les capabilités des enseignants et des élèves dans le monde.